Et vous, quelle est votre histoire ?

Et vous, quelle est votre histoire ?

Tôt le matin…

  • Kinda ! Tu peux fermer la fenêtre s’il te plaît ? J’ai froid.
  • J’arrive. Bonjour mon petit amour !
  • Super ! Je vois que tu as retrouvé ta voix, alors tu vas terminer l’histoire !
  • Patience, on a le temps de faire les choses avec plus de plaisir. Et puis l’histoire, c’est au coucher !
  • Mais que fais-tu en attendant?
  • Bon, beaucoup de choses.
  • Comme quoi?
  • il faut d’abord jeter les poubelles et vérifier la boite aux lettres. Après je vais me doucher et prendre mon café en écoutant “Fairouz” ou les infos et aussi…
  • Mais non, ce n’est pas la routine quotidienne que je te demande, mais des choses inhabituelles que tu fais exceptionnellement pendant le confinement.
  • Ah, je vois. Mais quand même, tu ne crois pas que continuer à faire les choses quotidiennes avec “plaisir” malgré le confinement ce n’est pas exceptionnel ?

Kinda a dit cela avec un grand sourire.

  • Peut-être !

Kinda s’est éloignée un peu plus, mais elle est revenue avec une tasse de café à la main qui répandait son parfum dans toute la pièce. Elle s’est assise sur l’une des treize marches de l’escalier intérieur. Son portable a sonné. C’était un appel vidéo provenant de son frère.

  • J’ai peur de craquer ! a murmuré Kinda en raccrochant.
  • Mais pourquoi ?
  • Mon frère et moi, nous nous sommes mis d’accord pour nous voir demain dans le magasin où nous irons faire nos courses. Je veux pouvoir être suffisamment forte pour laisser la distance imposée entre nous et ne pas l’embrasser après tout ce temps, mais j’ai peur de craquer.
  • Dis-moi mon petit amour, que penses-tu de cette quarantaine imposée ? D’après toi, comment va-t-elle nous toucher, comment va se dérouler la fin du confinement ? Certainement, des choses auront changé…

Kinda a continué ses tâches quotidiennes, mais de nombreuses questions sans réponse sur cette situation hors norme la taraudaient et l’empêchaient de se concentrer. Elle n’arrêtait pas de penser aux prisonniers qui avaient payé de leur liberté, le fait d’exprimer leurs opinions. Elle n’arrêtait pas de penser à celui dont la gorge avait été physiquement suspendue sur la place de la ville, parce qu’il chantait pour la liberté.

( Oh Bashar, pars ! ).

Quand elle écoutait des chansons traditionnelles de certains pays en guerre, elle ne pouvait cacher son chagrin face à la destruction de civilisations vieilles de plusieurs millénaires. Elle se demandait combien de bombes devraient encore exploser pour que la paix règne…

Pourquoi les gens sont-ils effrayés par le nombre de victimes du virus, alors que le nombre des victimes de guerre est bien plus important ?

Le temps est passé si vite que le soir est déjà là.

  • Alors, on en était où dans l’histoire mon petit amour ?
  • Nous en étions restés à ton amie Haneen réfugiée aux Etats-Unis et qui avait été infectée par le coronavirus. À l’hôpital, les médecins lui avaient demandé de rentrer chez elle et d’appliquer les instructions, car ils s’occupaient en priorité des cas les plus graves. Elle avait demandé au propriétaire de l’immeuble d’informer les résidents de sa contamination pour qu’ils prennent plus de mesures de protection. Après tu as perdu ta voix ! Mais pourquoi Kinda ?
  • Je suppose que c’est à cause de la tristesse, de tous les sentiments qui me submergent et qui m’étouffent. Je ne peux pas crier ma colère, elle serait vaine face à l’inhumanité de certains. Alors, je ne peux plus parler !
  • Comment ça ?
  • La sœur de Haneen, réfugiée au Canada, qui est aussi une de mes amies, m’a informée de la réaction scandaleuse des voisins d’Haneen. Après avoir appris que Haneen était infectée par le coronavirus, ils lui ont crié de quitter le bâtiment ! En plus, elle m’a envoyé une photo montrant des rubans installés par les voisins sur la porte de l’appartement d’Haneen, pour l’empêcher de sortir !
  • Et quelle a été l’attitude du propriétaire ?
  • Il a été très aimable et a fait preuve d’empathie. Il a envoyé un message à tous les voisins. Attends, je vais te lire son message :

« Haneen n’a pas choisi d’être infectée. Cela pourrait être le cas de n’importe quel résident de l’immeuble ! Arrêtez d’être idiots s’il vous plaît, et montrez un peu de compassion. Je ne peux pas la faire partir et je ne peux pas l’enfermer dans sa chambre. Je ne veux pas, et la loi m’en empêche également. C’est une chose terrible qui lui arrive, comme ce serait le cas si cela vous arrivait.”

  • Oh… la pauvre!
  • Oui. Tu sais quoi? J’étais vraiment émue parce que je sais combien il a été difficile pour Haneen de quitter Gaza – la ville qui n’est en fait qu’une prison habitée par les Palestiniens – pour rejoindre l’Amérique. C’est la partie la plus douloureuse de l’histoire de Haneen. Peut-être que je la raconterai un jour !
  • Et comment va-t-elle maintenant ?
  • Elle a refait le test du coronavirus et, heureusement, le résultat a été négatif. Elle a vaincu le virus ! Je te dis quelque chose mon petit amour, je me mets à sa place !
  • Et alors ?
  • Alors je vaincrai le virus sans informer les autres et ma victoire sur lui sera secrète. Je n’informerai personne et je garderai mon amour pour la vie !
  • Parfait!
  • Je m’endors, et toi ?
  • Moi aussi, Bonne nuit.
  • Bonne nuit mon petit olivier. Demain le soleil se lèvera et j’adore tellement le matin.

Je tiens à remercier chaque membre de ma famille et mes amis, en France ou à l’étranger, qui contribuent à me garder en forme pendant ce confinement grâce à nos échanges téléphoniques, et me permettent de poursuivre mes progrès dans l’apprentissage de la langue et la compréhension de l’humour français.

Je tiens à remercier D.S pour les corrections apportées à ce texte.

credit photo :https://drive.google.com/file/d/1L0x7qBmsLjcnzlD-bq9pZaui8UvF0U77/view?usp=sharing