Une nuit damascène sur le Mont Qasioun (A l’anniversaire de mon départ de Damas)

Qui croit que ce corps qui se lève chaque matin pour commencer un nouveau jour, n’est pas dispersé sur cette terre, n’est pas morcelé, éparpillé sur la planète ?

J’adorais Damas, mais comme dans toutes les histoires d’amour, la séparation fut un supplice. Et pourtant, l’amour est toujours là.

J’adorais Damas et je marchais dans ses rues tous les jours… tous les jours. Et je regardais
– comme un amoureux qui ne se lasse pas d’admirer sa bien-aimée – toutes les pierres où se posaient mes pieds.

J’ai parcouru tous ses marchés, fixé dans ma mémoire l’emplacement de chaque magasin et les produits qu’on y trouvait. Je me souviens même d’où provenaient les odeurs de pain, de café et de noix.

J’adorais le centre historique de cette capitale, ses bâtiments et sa grandeur. Je flânais dans ses anciennes ruelles.

J’adorais la ville du jasmin et j’ai suivi son parfum me guidant jusqu’à ses entrelacs accrochés aux balcons des maisons « à l’ancienne ».

Là-bas, du Mont Qasioun, Damas jouissait de mille éclats lunaires et resplendissait comme une mariée la nuit de ses noces.

J’ai vécu une déchirure quand j’ai dû quitter Damas en 2006. Depuis, ma voix tremble chaque fois que je parle de Damas, j’évite d’en parler en public. Mais quand je suis seule, Damas me submerge et triomphe de mon orgueil presque toutes les nuits parce qu’il est dit “celui qui vit un jour à Damas, Damas habite son âme pour toujours”.

Ah ! Merveille pour un cerveau rempli de tous les souvenirs du passé, des événements du présent et de l’espoir du futur, d’être toujours capable de comprendre !

Merveille pour des yeux emplis de tristesse et de larmes à cause de la séparation, d’être toujours capable d’amour et de désir ardent pour leur ville et de toujours voir la lumière !

Et merveille pour un cœur broyé d’être capable de s’adapter à tout cela et de continuer à battre !

* Je tiens à remercier D.S. pour les corrections apportées à ce texte.

Photo d’ en-tête by samer daboul from Pexels